Silgedicht // L’art du langage

Des définitions littéraires se découvrent

Présent de narration

Emploi du présent dans un récit pour évoquer des faits passés (on parle aussi de « présent aoristique » ou de « présent historique », avec parfois des nuances dans l’usage de ces dénominations). Particulièrement plastique, le présent peut en effet se substituer au seul passé simple ou bien à l’ensemble des temps du passé, certains auteurs n’hésitent pas à mêler les deux usages : [on] me passe le manuscrit du Vent, qui devait paraitre […]. Je demande à rencontrer cet auteur dont j’ignore tout (A. Robbe-Grillet, Les Derniers Jours de Corinthe, 1994).

L’emploi du présent en lieu et lace des temps du passé n’est en rien réservé à la littérature (il est fréquent dans l’oral familier : «Hier, je vais aux Vaches folles et qui est-ce que je trouve ? Annie ! », mais la littérature en a tiré des effets importants : en plus de créer l’illusion d’une énonciation contemporaine de l’action évoquée, le présent de narration tend à donner un caractère plus subjectif au récit et à rendre plus flous les repères chronologiques, parce qu’il neutralise l’opposition des plans narratifs (voir ce mot ; d’où l’ambigüité d’énoncés comme « Louis XIV règne lorsque Mazarin meurt »).

La tradition stylistique attribue d’ailleurs au présent de narration l’aptitude de rendre plus vivant le récit, aussi l’hypotypose se faisait-elle fréquemment au présent : Cette obscure clarté qui tombe des étoiles / Enfin, avec le flux, nous fait voir trente voiles (Corneille, Le Cid, IV, 3). Imité des Anciens, le présent de narration a été particulièrement en vogue aux VIIe et XVIIIe siècles.


Tagged as , + Categorized as Lexique, _P_

Comments are closed.