Prose d’art
A partir de la Renaissance, le renouveau de la rhétorique classique et les efforts des grands traducteurs ont conduit à rechercher une perfection formelle en prose qui pût concurrencer les plus grandes réussites de la poésie ; l’attention au rythme, l’équilibre de la syntaxe et la perfection à la fois sémantique et sonore de la période caractérisent les grandes œuvres de ce qu’on appelle la prose d’art, comme les sermons (Bossuet), les maximes (La Rochefoucauld), mais aussi lettres (Guez de Balzac) ou l’histoire.
L’expression prose d’art désigne également aujourd’hui la description d’un tableau ou d’une gravure qui prend presque le style d’un poème en prose. Par exemple, les natures mortes de Chardin décrites par les Goncourt (L’Art au XVIIIe siècle) :
Sur un de ces fonds sourds et brouillés qu’il sait si bien frotter, et où se mêlent vaguement des fraicheurs de grotte à des ombres de buffet, sur une de ces tables à tons de mousse, au marbre terreux, habitués à porter sa signature, Chardin verse les assiettes d’un dessert, – voici le velours pelucheux de la pêche, la transparence d’ambre du raisin blanc, le givre de sucre de la prune, la pourpre humide des fraises, le grain dru du muscat et sa buée bleuâtre, les rides et le verruqueux de la peau d’orange, la guipure des melons brodés, la couperose des vieilles pommes, les nœuds de la croûte du pain, l’écorce lisse du marron, et jusqu’au bois de la noisette. Tout est là devant vous, dans le jour, dans l’air, comme à la portée de la main.
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