Période
Théorisé par les rhéteurs de l’Antiquité (Cicéron, Quintilien, Hermogène), la période est l’élément central de la prose d’art : idéalement, elle correspond au développement d’un argument et, à ce titre elle peut avoir la structure logique d’un enthymème ; comme l’écrit Hermogène, « la période est au sens propre le regroupement contraignant de l’argument tout entier et son verrou en quelque sorte, et la véritable période est celle qui énonce entièrement l’argument et le conclut » (L’Invention).
La période peut être simple (c’est-à-dire constituée par un seul membre, binaire (protase/apodose), ternaire (protase/protase/apodose) ou carrée (protase/apodose, protase/apodose). Chaque membre (kôlon) est une proposition qui a un sens complet : tout l’art de la période consiste en leur articulation, à la fois logique et sonore.
Jusqu’à l’époque moderne, où l’oralité domine, la longueur de la période est déterminée par le souffle de l’orateur. A la Renaissance et au XVIIe siècle, la période est au cœur des préoccupations des traducteurs et des grammairiens, qui s’appliquent à en faire la théorie à partir des exemples antiques (surtout latins). Sa pratique est fréquente dans la grande éloquence, comme les oraisons et les sermons, mais on en trouve aussi la trace dans le souci d’équilibre et de symétrie qui caractérise la maxime.
Le style périodique s’oppose au style « coupé », bref et segmenté ; il est associé au style élevé. A l’époque romantique et moderne, la période survit dans l’éloquence politique ou dans l’écriture historique, mais on en trouve aussi des traces dans la pratique du verset (Claudel, Saint-John Perse) et dans la prose poétique.
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