Silgedicht // L’art du langage

Des définitions littéraires se découvrent

Naturalisme

Mouvement littéraire qui se développe à la suite du réalisme, principalement dans le domaine romanesque, dans le dernier tiers du XIXe siècle. Dès 1863, le critique d’art J.-A. Castagnary parlait d’une « école naturaliste » en peinture. E. Zola reprend le mot et fait bientôt du naturalisme un drapeau, notamment à travers deux « campagnes » qu’il mène dans la presse en 1865-1866 (articles repris dans Mes haines, 1866) et en 1877-1881 (repris dans Le Roman expérimental, 1880 et dans Les Romanciers naturalistes, Le Naturalisme au théâtre et autres recueils en 1881). Pour Zola, le naturalisme, défini comme un « coin de la nature vu à travers un tempérament », est à situer dans la perspective du mouvement scientifique moderne qui, depuis les Lumières, cherche à analyser les lois du comportement humain.

Plus que par une poétique ou une thématique, le naturalisme se caractériserait par une méthode partiellement empruntée à la science expérimentale, à la médecine (étude de cas, influence de l’hérédité), mais aussi à l’enquête sociologique (étude des milieux), voire journalistique (utilisation des faits divers). Il faut « tout voir ou tout peindre » (Zola). Tous les niveaux de la société doivent être étudiés. Pour la première fois, la vie ouvrière entre dans la littérature.

Sans qu’on puisse parler d’« école » au sens strict, un grand nombre de romanciers, admettant tout au partie des principes énoncés par Zola, se laissent au moins pour un temps rattacher au naturalisme, dans une atmosphère d’intenses polémiques. Les Goncourt, dont le roman Germinie Lacerteux (1865) fait figure de premier roman naturaliste, ne se laissent pas embrigader mais mènent un combat parallèle, tout en rappelant leur antériorité.

Le jeune J.-K. Huysmans est un partisan convaincu, Alphonse Daudet un compagnon de route. Selon la périodisation d’Yves Chevrel, une « première lame de fond naturaliste » se situe en 1879-1881. En 1880, Les soirée de Médan, recueil de nouvelles sur la guerre de 1870 signées Zola, Maupassant, Huysmans, Henri Céard, Léon Hennique et Paul Alexis, imposent l’existence d’un groupe.

Les années 1885-1888 sont celle du « naturalisme triomphant », non seulement en France mais en Europe (Zola, Germinal, Maupassant, Bel-Ami, 1885 ; au théâtre : Tolstoï, La Puissance des ténèbres, 1886, Strindberg, Mademoiselle Julie, 1888). Le début de la décennie 1890 voit passer la « dernière vague naturaliste ». La publication du Docteur Pascal en 1893 marque l’achèvement de la grande fresque des Rougon-Macquart, régulièrement poursuivie par Zola depuis La Fortune des Rougon (1871) à raison d’un volume annuel.

Le naturaliste suscita des réactions violentes, des critiques acerbes (Brunetière, Le Roman naturaliste, 1882)j des dissensions internes et des défections. Dès 1884, A rebours de J.-K. Huysmans, roman à un seul personnage, écrit en partie sur le mode du soliloque et proclamant que « la nature a fait son temps » ouvrait la voie du décadentisme. Huysmans expliquera plus tard que la naturalisme zolien commençait à lui paraître une impasse (préface de 1903).

Bien des thèmes sont communs cependant au naturalisme et à la littérature de la « décadence », l’optimisme final affiché par Zola ne pouvant suffire à compenser la somme de tares, de névroses, de crimes et de malheurs que la naturalisme met au jour dans la peinture d’un monde moderne à la fois révéré et condamné.


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