Silgedicht // L’art du langage

Des définitions littéraires se découvrent

Motif rhétorique

Nom donnée, dans les études sur les chansons de geste, aux stéréotypes d’expression, par opposition aux stéréotypes de diégèse dénommés motifs narratifs. Une même action est relatée d’une façon toujours semblable, avec seulement de légères variantes lexicales ou syntaxiques, au moyen de formules stéréotypées qui actualisent le cliché. Ainsi le motif rhétorique de l’attaque à la lance comprend sept éléments dans sa forme canonique : éperonner le cheval, brandir la lance, frapper, briser l’écu de l’adversaire, rompre son haubert (sa cotte de mailles), lui passer la lance au travers du corps/le manquer, l’abattre de son cheval.

Certains éléments connaissent des variantes qui sont autant d’options narratives : l’écu est ou n’est pas complètement transpercé, le haubert se rompt ou ne se rompt pas, etc. Parmi les motifs les plus répandus du XIIe siècle, on peut citer : l’attaque à la lance (Roland, v.1197-1205…), le chevalier sous les armes (Roland, v.682-684…), le rire (Charroi de Nîmes, v.44…), les menaces et insultes (Couronnement de Louis, v. 1030-1034…), la lamentation funèbre (Roland, v350—356…), les « prières du plus grand péril » prononcées par le héros au cœur du danger ou au moment de mourir (Roland, v.3100-3109…).

On distingue quatre formes distinctes du motif rhétorique : la forme canonique ou moyenne (où tous les clichés sont énoncés), la forme ornée (où ils sont développés en vue de l’amplification), la forme brève ou squelettique (les clichés sont remplacés par une simple énonciation générale), la forme disjointe (un élément étranger au motif vient s’intercaler). Certains motifs, comme le rire, se réduisent généralement à la forme squelettique (s’en a un ris geté).


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