Silgedicht // L’art du langage

Des définitions littéraires se découvrent

Mise en scène

L’expression a deux significations : elle signifie tantôt l’acte de mettre en scène une pièce de théâtre ( « la Comédie-Française confie la mise en scène de Bérénice au metteur en scène allemand Gruber »), tantôt son résultat, c’est-à-dire l’ensemble des moyens réunis sur la scène, décor, costumes, jeu des comédiens, et l’interprétation qu’ils mettent en œuvre («  la mise en scène de Bérénice était passionnante »).

L’expression apparait, d’après Veinstein, en 1820. Elle est symptomatique de la lente montée, à travers le XVIIIe siècle, d’une exigence d’unité de la représentation et du besoin d’un univers fictif séparé de celui du spectateur (scène boite). Mais alors qu’elle n’est pas encore justiciable d’une spécialisation artistique : un acteur de la troupe ou l’auteur lui-même veille à la mise en place des acteurs et tente d’unifier leur jeu et leurs costumes.

Pixerécourt (que les comédiens appelaient « férocios poignardini » à cause de son exigence et de son tempérament) explique fort bien le rôle de ce qu’il appelle « l’entente de la scène » dans le succès de ses mélodrames. Ce n’est qu’à la fin du XIXe siècle, avec Antoine ou Lugné Poë, puis Stanislavski et Appia que la chose vient vraiment répondre au mot.

La mise en scène résulte de deux nécessités qui ne sont contradictoires qu’en apparence, celle du réalisme minutieux et celle de la poésie idéalisante du théâtre symboliste : dans les deux cas, il s’agissait en effet de proposer au spectateur un univers clos, cohérent, fictif et séparé de lui. Et si un choix de ce type implique une mise en scène, c’est aussi vrai du choix inverse, celui d’une représentation épique (comme l’implique le prologue du Soulier de satin de Claudel).

Une autre raison explique l’importance qu’a prise progressivement la mise en scène : l’existence exponentielle d’un répertoire dont l’origine s’éloigne de plus en plus dans le temps, qui rend impossible une approche totalement naïve de ses chefs-d’œuvre et exige une interprétation, une « lecture » renouvelée.

Il ne s’agit plus seulement de «fédérer » les différents éléments hétéroclites qui composent la représentation, mais d’établir un texte ancien dans l’absolu présent de la représentation théâtrale.

La mise en scène implique donc nécessairement le choix des relations que le spectacle va entretenir avec le public : distance, distanciation, illusion, adhésion, etc.

Acte interprétatif global et acte créatif simultanément, la mise en scène s’est imposée, au cours du XXe siècle, dans une rivalité croissante avec l’art individuel de l’acteur (parfois réduite, dans la ligne d’une interprétation littérale des textes de Gordon Craig, au statut de marionnette) et avec l’écriture dramatique qu’elle a parfois totalement remplacée (c’est le cas chez Bob Wilson, Romeo Castellucci ou Carles Santos).


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