Lecteur
Allocutaire final d’un texte écrit qui lui est destiné (soit spécifiquement ; soit génétiquement : un roman est a priori destiné à tous les lecteurs de romans) ; ou simple récepteur d’un texte écrit destiné à un autre (je peux être un lecteur d’une lettre de Gide dont Valéry est l’allocutaire). Ce mot familier recouvre en effet des réalités hétérogènes.
On doit, selon les circonstances, distinguer au moins les figures suivantes : le lecteur invoqué, c’est-à-dire interpellé dans le texte, comme figure générique (« Hyprocrite lecteur, mon semblable, mon frère », Baudelaire, Les Fleurs du Mal 1857) ; ou comme figure idéale ( « Nathanaël, à présent, jette mon livre », A. Gide, Les Nourritures terrestres, 1897) ; le lecteur modèle (ou lecteur institué, ou archilecteur), qui est le lecteur que prévoit le texte, en duquel il est écrit, à partir de ce que l’auteur a supposé être ses pratiques de lecture et sa compétence lexicale ou culturelle : c’est de ce lecteur modèle que le texte calcule les inférences, l’aptitude à comprendre les renvois intertextuels, etc.
On peut s’amuser par exemple à remarquer que Mérimée écrit pour un lecteur qui sait le latin, mais pas l’anglais. Le lecteur effectif ne se confond évidemment pas avec ce lecteur modèle : les développements de L’Esprit des lois ou du Contrat social sont faits pour obtenir l’adhésion d’un lectorat qui n’a pas l’expérience des régimes politiques républicains ou démocratiques, non pour le lectorat occidental du début du XXI siècle.
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