Silgedicht // L’art du langage

Des définitions littéraires se découvrent

Inférence

En narratologie, on appelle inférence toute information que le lecteur tend à ajouter spontanément à celle que le texte lui fournit. Les faits d’inférence sont des phénomènes cognitifs complexes, mais dont chacun peut constater le rôle dans notre interprétation des énoncés : ainsi, l’énoncé « il y avait un poisson et un canari » conduit l’auditeur à imaginer un poisson jaune ou rouge, tandis que l’énoncé « il y avait un poisson et une mouette » appelle l’image d’un poisson gris, parce que « canari » guide les inférences vers un univers domestique, et « mouette » vers un univers marin.

La compréhension d’un énoncé passe donc par la gestion d’informations de deux types, les unes prédiquées (exprimées), les autres inférées : dans notre exemple, la nature de l’oiseau est prédiquée, tandis que celle du poisson est seulement inférée. Les mécanismes d’inférence ont une importance considérable dans la création de la diégèse.

On voit bien qu’il suffit de faire commuter les prénoms dans une phrase telle que l’ouverture d’Aurélien d’Aragon (1944) pour que l’univers référentiel que construit le lecteur ne soit plus du tout le même : La première fois qu’Aurélien [Kevin/Enzo/Georges] vit Bérénice [Laetitia/Grazia/Marcelle], il la trouva franchement laide.
Tandis que la paire Kevin/Laetitia conduit le lecteur à placer spontanément le récit dans les années 1990 et un milieu social populaire, Enzo/Grazia amène logiquement le lecteur à situer l’action en Italie ; Georges/Marcelle recule l’action de plusieurs décennies, ou semble mettre en scène des personnages sensiblement plus âgés que Kevin et Laetitia.


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