Expansion/filtrage
Tout lecteur de récit tend, d’une part, à ajouter dans les textes des informations qui ne s’y trouvent pas (selon les mécaniques de l’inférence, voir ce mot), et d’autre part, à anticiper le développement de l’action.
On appelle expansion ce travail spontané du lecteur et filtrage le fait que le texte vienne confirmer ou infirmer ces inférences ou anticipations.
Ainsi peut-on imaginer qu’un début de récit mette en scène « John » et « Mary-Ann» , le lecteur placera sans doute l’amourette dans quelque banlieue anglaise (expansion), avant que le texte ne lui apprenne (filtrage) que John et Mary-Ann sont les chats de Mme Dupont. Le texte romanesque doit ainsi prévoir et accompagner le travail d’expansion auquel se livrera le lecteur : le roman policier va conduire ce dernier à soupçonner X, pour lui révéler in extremis que le coupable est Y.
Les débuts de récits sont des lieux particulièrement importants pour le jeu sur l’expansion et le filtrage : la première phrase de Chéri de Colette (1920), Léa, donne-le moi, ton collier de perles ! conduit le lecteur à imaginer une scène entre deux coquettes (expansion) ; la suite du texte infirmera cette inférence (filtrage) : c’est en fait le jeune amant de Léa qui s’exprime ainsi.
Le travail d’expansion est fortement conditionné par les scénarios narratifs (voir ce terme) à travers lesquels nous appréhendons les textes.
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