Silgedicht // L’art du langage

Des définitions littéraires se découvrent

Embrayeur

(embrayé/non embrayé). On appelle embrayeurs les pronoms de première et deuxième personnes (je/tu, nous/vous ; on comme substitut de nous et vous), les possessifs de même rang, parce que leur référent change dès lors qu’un nouveau locuteur prend la parole. Benveniste a proposé d’appeler « personnes » ces pronoms qui désignent des locuteurs susceptibles d’intervenir dans l’échange ( et «non-personnes», il(s) et elle(s) qui renvoient aux être animés et aux objets dont on parle).
Les embrayeurs fonctionnent donc bien sur un mode déictique (voir ce mot).
Avec sa métaphore mécanique, le mot « embrayeur » calque le terme anglais shifter, employé par le linguiste R. Jakobson pour désigner les éléments linguistiques qui embrayent l’énoncé sur la situation d’énonciation, qui les articulent.

Un énoncé est di embrayé s’il contient des embrayeurs (Longtemps je me suis couché de bonne heure, Proust ; La bêtise n’est pas mon fort, Valéry), non embrayé s’il n’en contient pas (C’était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar, Flaubert).

Les écrivains, notamment les moralistes, peuvent néanmoins jouer sur l’hésitation entre la valeur déictique et la valeur générique de certains pronoms : Vous êtes homme de bien, vous ne cherchez ni à plaire ni à déplaire aux favoris [] : vous êtes perdu (La Bruyère, Les Caractères).


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