Critique
Ce terme désigne à l’origine l’ars critica, qui consiste à examiner les textes anciens pour en éclaircir le sens et en fixer le texte à partir des différentes versions manuscrites et de l’étude de la langue (grammaire, lexique, etc.).
A la suite de l’humanisme, le terme a désigné toute activité d’examen des textes littéraires, philosophiques ou religieux : il s’agit alors de lire et de juger les ouvrages, et non plus seulement de les éditer.
A ce titre, la critique littéraire, même si elle a existé dans l’Antiquité (notamment par le biais des traités de poétique ou de rhétorique, qui analysent les œuvres pour en comprendre les règles : Aristote, Cicéron, Quintilien, Hermogène, etc.), trouve ses lettres de noblesse en Europe à partir de la Renaissance italienne, relayée par l’Europe entière à partir de la seconde moitié du XVIe siècle, qui est à proprement parler l’âge de la « Renaissance de la critique » (Jehasse).
Devenue très polémique à l’occasion des diverses querelles (autour du cicéronianisme, entre les Anciens et les Modernes), la critique est une activité littéraire de premier plan, qu’il s’agisse d’étudier les textes plus anciens (critique historique) ou d’évaluer les œuvres contemporaines (critique littéraire à proprement parler). Elle est la principale activité de la « République des Lettres » (XVIIe-XVIIIe siècles).
Au début du XIXe siècle, en même temps que la littérature, naguère incluse dans les Belles-Lettres, prend le sens moderne que nous lui connaissons, la critique elle-même devient une activité autonome et, dans cet essor, le développement de la conscience historique, l’essor de la presse puis le renouveau de l’Université ont compté. Mais il s’agit d’une pratique diverse qu’exercent souvent les créateurs (Mme de Staël, Hugo, Baudelaire, Zola) et qui donne lieu aussi à l’élaboration de doctrines inspirées de modèles scientifiques (Taine, Brunetière).
L’indétermination, cependant, qui permettait à une personnalité comme Sainte-Beuve d’être à la fois écrivain, critique et professeur s’efface largement au tournant des XIXe et XXe siècles.
Désormais, il convient de distinguer trois pratiques différentes : la critique journalistique qui s’attache, dans une presque immédiateté, à discrimer et juger pour inviter à lire ou ne pas lire ; la critique d’écrivain, qui peut aussi bien éclairer son œuvre ou celle des autres, prendre la forme d’une écriture très littéraire ou définir des lois plus théoriques ; la critique universitaire enfin, qui s’attache à faire mieux connaître les œuvres, à les mieux lire par des éditions fréquemment renouvelées, à les rendre plus accessibles au lecteur – et à se constituer enfin un vrai savoir sur la littérature où il faut distinguer, surtout après les années 1960, ce qui relève d’une théorie qui dégage des lois de fonctionnement et ce qui ressortit à une critique qui étudie les œuvres par une approche singulière. Mais ce qui réunit ces trois critiques, c’est qu’elles contribuent tacitement, par leurs choix et par leurs refus, à constituer le corpus mouvant des œuvres qui, pour chaque époque, constituent sa littérature.
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