Silgedicht // L’art du langage

Des définitions littéraires se découvrent

Baroque

Désigne, en littérature française, une période qui va de la fin de la Renaissance au début du classicisme. Ce terme est à l’origine un adjectif employé par les historiens allemands de l’art. Implanté en France dans les années 1930, le terme substantivé connut un usage élargi à la littérature, notamment à la suite des travaux de Jean Rousset ( La Littérature de l’âge baroque en France, 1954). Son succès est dû à ce qu’il est vite apparu comme un pendant opératoire à la notion de classicisme.

Les caractères principaux en sont l’irrégularité, la fluidité, la surprise (asymétries, jeux sur la perspective et l’illusion d’optique), le tout étant lié à une grande virtuosité formelle, au goût du concetto (le trait d’esprit aiguisé, la pointe finale du sonnet) qui donnent à l’expression littéraire à un brio équivalent à l’architecture somptueuse et aux arts de la Contre-Réforme.
Car le baroque est historiquement lié à un âge de crise religieuse suivi d’un âge de reconquête (la Réforme catholique, notamment telle qu’elle est diffusée par l’art et l’éducation de l’ordre jésuite). La vision d’un monde déchiré, mais promis au salut, est ainsi développé entre 1560 et 1660 par au moins deux générations de poètes, protestants ou catholiques (D’Aubigné, Du Bartas, Chassignet, puis Saint-Amant, Théophile ou Le Moyne) ; elle se retrouve au théâtre (L’Illusion comique de Corneille), et constitue sans doute un des plus séduisants éléments de l’unité artistique de l’Europe jusqu’à la guerre de Trente Ans.

Les historiens récents ont, de plus, bien montré les survivances de cette esthétique en pleine période classique, notamment dans l’opéra, attestant ainsi l’idée qu’il existe un baroque éternel avec un classicisme lui-même pluriséculaire.


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