Art pour l’art
Formule qui résume une doctrine apparue en France au temps du romantisme et souvent reprise jusqu’à la fin du XIXe siècle. Cette doctrine affirme l’autonomie de l’art qui, n’ayant d’autre fin qu’en lui-même, n’a pas à se soumettre aux valeurs du Vrai et du Bien mais seulement à la Beauté.
L’art pour l’art s’oppose donc à toutes les formules qui mettent l’art au service d’un engagement politique, social ou humanitaire.
Parmi les romantiques, Théophile Gautier s’en fit le défenseur constant, depuis la Préface de Mademoiselle de Maupin (1835) où il s’en prend à l’utilitarisme (« Il n’y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien »), jusqu’au poème-préface d‘Emaux et Camées (1852). « Le Beau n’est pas le serviteur du Vrai », écrit de son côté Leconte de Lisle. Et Baudelaire : « la Poésie [...] n’a pas d’autre but qu’elle-même ».
Dans la préface des Orientales (1829), Hugo avait lui aussi réclamé le droit d’écrire « un livre inutile de pure poésie »; mais en octobre 1859 il écrit à Baudelaire : « Je n’ai jamais dit l’Art pour l’Art ; j’ai toujours dit : l’Art pour le Progrès.»
Pour Baudelaire, Flaubert, Banville ou les poètes dits parnassiens, l’art pour l’art ne signifie pas pour autant impassibilité ni même neutralité en face de la société : la formule implique dans leur esprit une opposion aux « Philistins » ou aux « Bourgeois » insensibles à l’art ou partisans d’un art pour le confort.
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