Allégorie
On désigne ainsi une image filée et animée qui, grâce à une isotopie cohérente dans un contexte narratif de portée symbolique, renvoie terme à terme, de manière le plus souvent métaphorique, à un univers référentiel d’une autre nature (abstraction philosophique, morale, etc.) :
La Débauche et la Mort sont deux aimables filles,
Prodigues de baisers et riches de santé,
Dont le flanc toujours vierge et drapé de guenilles
Sous l’éternel labeur n’a jamais enfanté.
(Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, “Les deux bonnes soeurs“.)
Au Moyen Age, l’allégorie n’est pas seulement un procédé rhétorique (un trope), elle se veut un moyen de connaissance et d’explication du monde : elle repose en effet sur la théorie des quatres sens de l’Ecriture, issue des traductions exégétiques.
Selon l’exégèse biblique dite quatripartite, les Ecritures saintes superposent quatre sens : sens littéral (ou historique : l’événement tel qu’il est relaté), sens tropologique (ou moral : le précepte qu’il suggère), sens typologique (ou spirituel), sens eschatologique (ce qu’il annonce des fins dernières).
Elle s’émancipe progressivement de ce cadre théologique (seuls les bestiaires, lapidaires et plantaires commentent les créatures selon un principe analogue) pour envahir la littérature profane et illustrer des vérités mondaines (doctrine courtoise par exemple) : allégories descriptives (Armure du chevalier, selon laquelle chaque pièce de l’armement signifie une vertu ; Roman des Ailes de Courtoisie, où il en va de même pour chaque plume, XIIIè siècle), et surtout allégories narratives (au XIIIe siècle, Roman de la Rose, Bataille des Vices et des Vertus construite sur le modèle des psychomachies).
Au XIVe et au XVe siècle, l’allégorie s’introduit dans le théâtre (moralité) et dans la poésie lyrique avant de s’épanouir chez Charles d’Orléans, où les personnifications servent à l’expression de la vie psychique et affective.
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